On appelle ça l’effet ciseaux, certains y voient un lien de cause à conséquences. Comprenez, le XV de France en chute libre, le rugby professionnel de clubs en mode fusée au décollage. Avec les mêmes joueurs des deux côtés… 2016, l’année de tous les contraires.
On ferme l’année 2015 des Bleus sur une dérouillée mémorable contre les All Blacks, en quart de finale de la coupe du monde à Cardiff, 62-13. Inexistants. Ambiance…

(Photo : Juan Gasparini / Gaspafotos / Icon Sport)
Début 2016, Guy Novès et Philippe Saint-André sont en cohabitation jusqu’à la fin du Tournoi des six nations. Ça commence bien, petite victoire 23-21 contre l’Italie (Sergio Parisse manquant le drop de la gagne transalpine à deux minutes de fin…), marge encore plus étroite contre l’Irlande mais victoire 10-9. La suite, trois défaites, au Pays de Galles 19-10, en Ecosse 29-18 et contre l’Angleterre à domicile 21-31. La France termine à la 5ème place.
Nommé à la tête des Bleus en décembre 2015 par le président Pierre Camou, Guy Novès prend ses fonctions pour la tournée en Argentine, matchs privés des meilleurs joueurs retenus pour les demi-finales du Top 14 disputées au Roazhon Park de Rennes. Débuts réussis avec une défaite 30-19 et une victoire 27-0, la France s’adjuge la Tournée à la différence de points. La Tournée de novembre verra les Bleus être à leur place en s’inclinant contre les All Blacks et les Wallabies mais en passant un 52-8 aux Samoans.
Décembre 2016, le protecteur de Guy Novès, Pierre Camou, est renversé lors des élections fédérales. Guy Novès est à nu. Même si la nouvelle direction “réitère sa confiance” au technicien toulousain, ça sent le sapin. Les calamiteux résultats de 2017 et le bilan (33% de victoire, 8ème place mondiale) lui seront fatals.
Pendant ce temps-là, le Top 14 s’éclate et joue la carte du glamour. Symbole de cette ère, le calendrier des Dieux du Stade 2016 s’offre une couverture avec le capitaine italien Sergio Parisse, confirmant la « starification » des joueurs du championnat.
Primauté du championnat sur les Bleus, stars à foison (Carter au Racing), Slade et Smith (Pau), Nonu (Toulon), Ashley-Cooper (UBB) etc…
Côté terrain, le Racing 92 réalise une saison pleine. D’abord finalistes malheureux de la Champions Cup à Lyon face aux Saracens (9-21), les Franciliens se remobilisent pour le championnat.] Des demi-finales de feu à Rennes et que dire de la finale historique organisée au Camp Nou de Barcelone… 99 124 spectateurs (record mondial) voient le Racing soulever le Brennus pour la première fois depuis 1990. Stades pleins, stars, spectacle, tout sourit à la Ligue Nationale de Rugby alors que la Fédération traverse une zone de turbulences.

Malgré tout, une règle de la LNR instaurée en 2009/10 commence à porter ses fruits : l’instauration d’un quota de Joueurs Issus des Filières de Formations, les JIFF. Antoine Dupont, alors Castrais, compte déjà plus de 20 matchs en équipe de première et intègre la liste France développement. Romain Ntamack va lui emboîter le pas en 2017. La machine est en marche en marge du chaos, les Bleus devront compter avec les jeunes.
Si la tendance « 2026 is the new 2016 » inonde actuellement les réseaux sociaux, le rugby français trouve un écho particulier dans cette nostalgie. Revenir dix ans en arrière permet d’opposer deux réalités : d’un côté, un XV de France en pleine crise identitaire et de résultats ; de l’autre, un Top 14 à son apogée économique et médiatique, capable de réunir près de 100 000 personnes au Camp Nou.Pourtant, comparaison n’est pas raison. Ne voyez pas dans la non-sélection de cadres comme Penaud, Fickou ou Alldritt pour ce Tournoi des 6 Nations 2026 un début de crise similaire à l’époque Novès… Quoique ? Là où 2016 subissait le vide générationnel et politique, 2026 gère officiellement « l’usure » de ses stars dans un système bien plus structuré. L’histoire bégaie sur TikTok, espérons juste qu’elle ne finisse pas par bégayer aussi sur la pelouse.