À La Rochelle, le pilier international français Uini Atonio, figure emblématique du rugby tricolore, a vu sa carrière se conclure brutalement, après un arrêt cardiaque survenu quelques jours seulement avant l’ouverture du Tournoi des Six Nations. À 35 ans, l’ombre d’un destin brisé se dessine aussi comme un signal d’alarme sur les mystères du cœur à l’effort.
C’est dans la matinée du 28 janvier que les sirènes ont retenti plus fort qu’à l’ordinaire autour du Stade Rochelais. Hospitalisé après ce que le club maritime a qualifié d’ »accident cardiaque« , Uini Atonio a immédiatement été placé sous surveillance médicale. Les examens ont confirmé la gravité de l’événement, sans engager le pronostic vital. Mais la sentence sportive est, elle, sans appel car le pilier mettra un terme à sa carrière. Une décision prise dans l’urgence, guidée par la prudence, qui relègue le rugby au second plan.
« La prédiction de l’infarctus est difficile. Ça reste un accident. »
Dans un entretien accordé à L’Équipe, Laurent Chevalier, expert en cardiologie auprès de la Ligue nationale de rugby (LNR), rappelle la brutalité de ce type d’événement : « L’accident cardiaque, par définition, ne prévient pas. » Et d’ajouter : « La prédiction de l’infarctus est difficile. Ça reste un accident. » Malgré des examens réguliers, des électrocardiogrammes et des épreuves d’effort imposés aux joueurs professionnels, certaines anomalies échappent encore à la vigilance médicale. Le cœur, organe central de la performance, demeure aussi l’un des plus imprévisibles.
Wishing you a speedy recovery, Uini Atonio 🌹 pic.twitter.com/XzsqTWvAXd
— England Rugby (@EnglandRugby) January 28, 2026
À cette analyse, Mathieu H., un jeune interne en cardiologie du centre hospitalier de Saint-Denis de La Réunion apporte un regard plus inquiet. Selon lui, le suivi cardiaque reste « très inégal« , y compris chez des sportifs engagés à haut niveau hors des structures professionnelles les plus exposées. « Beaucoup pratiquent à intensité extrême sans bilan sérieux, parfois sans le moindre électrocardiogramme depuis l’adolescence« , alerte-t-il. Une zone grise de la prévention, où la passion et la compétition prennent souvent le pas sur la surveillance médicale. Quelque que soit finalement la discipline sportive.
L’exemple Vakatawa
L’incertitude scientifique se double ici d’un choc humain. Atonio, arrivé à La Rochelle en 2011, aura incarné la mue du club, de la Pro D2 aux sommets européens. Double vainqueur de la Coupe d’Europe, pilier du XV de France durant plus d’une décennie, il aura porté le maillot bleu à 68 reprises, laissant l’image d’un joueur indestructible, taillé pour les mêlées et les combats longs. Jusqu’à ce que l’organe du corps le plus précieux, soudain, impose sa limite.

Le cas d’Atonio résonne avec d’autres trajectoires brutalement infléchies par le cœur. Celle de Virimi Vakatawa, par exemple, ancien Septiste et centre du XV de France, demeure dans toutes les mémoires. En 2022, une anomalie cardiaque détectée lors d’examens médicaux l’avait contraint à annoncer sa retraite sportive, malgré une carrière internationale encore en pleine vigueur. Interdit de jouer en France pour des « raisons médicales« , Vakatawa avait symbolisé la frontière parfois floue entre protection du sportif et frustration de l’arrêt forcé, avant de retrouver les terrains à l’étranger, en Angleterre précisément, sous conditions strictes.
🏥 Hospitalisé après un accident cardiaque, Uini Atonio va devoir mettre un terme à sa carrière.
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🗣️ Le Stade Rochelais précise que "son état est aujourd'hui stable" et qu'il "demeure sous surveillance en soins intensifs". pic.twitter.com/nzkeNDkRpB
Au-delà du rugby, d’autres disciplines ont été marquées par des destins similaires. Le footballeur ghanéen Raphael Dwamena, stoppé net par des troubles cardiaques, ou encore le Danois Christian Eriksen, sauvé in extremis lors de l’Euro 2021, rappellent que l’arrêt cardiaque n’épargne aucun sport, aucun gabarit, aucune notoriété. « Il survient souvent sans signe avant-coureur, au cœur même de l’effort ou dans son sillage« , poursuit le jeune cardiologue de La Réunion.
Protocoles de prévention
Pour la communauté médicale, ces épisodes soulignent la nécessité d’affiner encore les protocoles de prévention et de suivi, sans nourrir l’illusion du risque zéro. Pour le monde du sport, ils rappellent une évidence trop souvent occultée, à savoir que la performance repose sur un équilibre fragile, où la puissance physique cohabite avec une vulnérabilité invisible.
La carrière d’Uini Atonio s’achève ainsi dans un silence lourd, loin des ovations et des mêlées conquérantes. Elle laisse derrière elle un palmarès immense, mais aussi une question lancinante. Jusqu’où peut-on pousser le corps sans écouter les battements qui, un jour, peuvent décider de s’arrêter ? Pour le rugby français, c’est une page qui se tourne. Pour le sport en général, un rappel brutal que sous l’armure des champions, bat un cœur humain imprévisible, et parfois, fatalement fragile.