En Corse, il jouait deuxième-ligne sur des terrains labourés où il distille aujourd’hui son propre rhum

Il a grandi avec un ballon ovale dans les mains et de la terre sous les ongles. Sur le domaine de Padulone, dans la plaine d’Aléria, en Corse, Antoine Lavergne-Vincentelli distille aujourd’hui un rhum agricole, à l’image de son parcours : discret, endurant, forgé dans l’effort collectif et la rigueur.
La nouvelle affaire corse entre les mains de ce jeune gaillard de 25 ans. Photos : Clély Dalama.
La nouvelle affaire corse entre les mains de ce jeune gaillard de 25 ans. Photos : Clély Dalama.

En Corse, il jouait deuxième-ligne sur des terrains labourés où il distille aujourd’hui son propre rhum

Il a grandi avec un ballon ovale dans les mains et de la terre sous les ongles. Sur le domaine de Padulone, dans la plaine d’Aléria, en Corse, Antoine Lavergne-Vincentelli distille aujourd’hui un rhum agricole, à l’image de son parcours : discret, endurant, forgé dans l’effort collectif et la rigueur.

Sous le soleil d’Aléria, sur cette plaine corse où la lumière s’étire comme une dernière passe avant le soir, naît un rhum rare. Le Domaine de Padulone, héritier d’une histoire agricole et viticole vieille de plusieurs générations, a planté les premières cannes à sucre corses destinées à la distillation. C’est ici, entre vigne et élevage, que cette terre méditerranéenne réinvente le rhum, mirage inattendu sur l’île de beauté, fruit de la distillation de pur jus de canne en Méditerranée.

On ne quitte jamais vraiment un terrain de rugby. Même lorsque les crampons sont rangés, la boue séchée au fond des souvenirs, le corps se souvient. Antoine Lavergne-Vincentelli (25 ans), lui, a troqué les mêlées pour les sillons, la ligne d’essai pour l’horizon plat de la plaine orientale corse. Pourtant, à Padulone, chaque geste agricole porte encore quelque chose du rugby : le sens de l’effort, la patience, l’acceptation du combat long. « Le rugby, ça vous reste dans les jambes, dans la tête. On ne s’en débarrasse pas », sourit-il.

Antoine coupe la canne comme il entrait en mêlée : sans gestes inutiles, en cherchant l’appui juste. À 1,90 mètre, le corps encore longiligne aussi dur que ses vignes séchées au soleil, il a gardé cette posture de deuxième ligne, celle qu’on remarque de loin, mais sans laquelle rien n’avance. « J’ai toujours été comme ça, à faire le boulot sans trop parler. » Le rugby l’a façonné très tôt, presque malgré lui. Un père bordelais pour qui le ballon ovale était une évidence, des grands-parents corses chez qui l’on transmettait le goût de l’effort comme on transmet une terre.

« On se râpait les genoux, mais on s’en foutait. Ce qui comptait, c’était l’ambiance, les copains »

Antoine Lavergne-Vincentelli

Dans les champs de Padulone, la canne à sucre pousse lentement, exigeante, comme un pack qui met du temps à avancer. Antoine la surveille comme il surveillait autrefois une touche. « Il faut attendre le bon moment. Trop tôt, ça manque de sucre. Trop tard, on perd en fraîcheur. » Sur les terrains terreux et rocailleux de son adolescence, il avait appris que le sol décide souvent du jeu. « On se râpait les genoux, mais on s’en foutait. Ce qui comptait, c’était l’ambiance, les copains. »

Grand timide, il parlait peu, mais aimait ce bruit sourd des matchs de collège : les cris, les rires dans le vestiaire, les maillots tachés de poussière. Cette ambiance rugby, il la retrouve aujourd’hui dans la distillerie, quand tout le monde se met au rythme de la fermentation. « C’est vivant, ça bouge, ça peut déraper si tu n’es pas attentif. »

Deuxième-ligne, première canne

En U18, les week-ends sur le continent l’épuisent. Comme une saison trop longue. Les kilomètres, la pression, la répétition. « À un moment, j’ai senti que je n’y trouvais plus la même chose. » Le rugby devient plus dur, plus sérieux. Il s’éloigne, puis revient autrement, à Bordeaux, avec ses cousins, pour le plaisir. Comme on revient à une culture de niche après un détour par l’intensif.

À Padulone, le rhum se fabrique au même rythme que les souvenirs. La canne est coupée, pressée immédiatement. Le jus fermente sous l’effet de la chaleur corse. « La fermentation, c’est un peu comme un match : tu prépares tout, mais il y a toujours une part d’imprévu. » Vient la distillation, moment clé. Séparer les têtes, garder le cœur. « Comme dans une équipe, tout le monde ne peut pas jouer jusqu’au bout. Il faut faire des choix. »

« Je n’ai jamais eu de rancœur. C’est comme une récolte ratée. Tu apprends et tu passes à la suivante. »

Antoine Lavergne-Vincentelli

En rugby à 7, Antoine a cru que l’histoire pouvait s’accélérer. Son profil plaît. Des coachs regardent. Il tape dans l’œil. Une fois, pourtant, il se présente crampons vissés sur un terrain synthétique. Le genre de détail qui coûte cher. « Le téléphone n’a jamais sonné. » Il hausse les épaules. « Je n’ai jamais eu de rancœur. C’est comme une récolte ratée. Tu apprends et tu passes à la suivante. »

Aujourd’hui, il ne joue plus, mais regarde toujours les matchs, en famille, depuis une terrasse ouverte sur les montagnes et l’océan. Un verre à la main, parfois. « Le rugby, ça se partage. Le rhum aussi. » À l’été 2023, le symbole est presque parfait : l’équipe d’Afrique du Sud envisage de venir préparer la Coupe du monde sur ses terres. Les Springboks à Padulone. La mêlée et la canne réunies. « Ça m’a fait sourire. Tout se rejoignait. »

Pour Antoine, l’aventure du rhum ne remplace pas ses souvenirs de rugby, mais en hérite l’esprit : « Il faut savoir tomber pour mieux se relever », confie-t-il, souriant, les mains encore parfumées d’un champ labouré plus tôt dans la journée. Comme sur un terrain boueux, il connaît désormais le prix de l’effort. Et ce rhum, le premier de l’Hexagone, produit en quantités limitées, porte en chaque bouteille la trace de ce combat – un esprit forgé dans l’attention aux racines, à l’écorce, et à l’inattendu.

Du rhum et des hommes

Antoine est donc un pur produit corse, le cœur sur la main, attaché au collectif plus qu’à la lumière. Ce rhum corse, à la fois inattendu et profondément enraciné, est plus qu’un alcool nouveau : il est l’expression d’un terroir en pleine transformation, d’un homme qui a su transposer les valeurs du rugby à l’agriculture, et d’un pays qui, brique par brique, ou plutôt canne par canne, invente une nouvelle forme de fierté insulaire.

Aujourd’hui, les premières bouteilles racontent bien plus qu’un spiritueux. Elles portent une histoire de transmission, de réinvention, d’une famille qui a appris à tomber sur des terrains défoncés avant de comprendre que la terre, elle aussi, ne donne rien sans engagement total. Dans chaque verre, il y a un peu de sueur, beaucoup de patience, et cette certitude forgée dans les mêlées que les plus beaux combats sont ceux qui durent. Pas ceux qui s’imposent. Ceux qui s’enracinent.

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