La passion du rugby, pour Joël, est née sur les bancs de l’école — ou plutôt en dehors. Au siècle dernier, lors de sa formation d’instituteur à l’École Normale de Paris, le rugby était une échappatoire.

« Quand j’étais à l’école normale à Paris, ça permettait de sortir de l’internat le jeudi, puisque c’était le jeudi le jour des enfants à cette époque-là. Et à l’école normale, on jouait au rugby. »
Ses racines, elles, sont ancrées dans l’ouest. Si ses parents vivaient au Plessis-Robinson (siège actuel du Racing 92), son père était natif de Montreuil (près de Fontenay-le-Comte) et sa mère des environs de La Roche-sur-Yon.
Le « Couteau Suisse » du Rugby Ligérien
« Je pense que j’ai quasiment tout fait dans le rugby », sourit Joël. Et la liste est impressionnante :
- Joueur
- Entraîneur (club et juniors)
- Arbitre
- Éducateur
- Dirigeant
Aujourd’hui, il préside la commission de discipline de la Ligue des Pays de la Loire. Une tâche vaste pour une région qui s’étend sur cinq départements, de la Sarthe à la Vendée. Une sorte de « Chili » du rugby français, s’étirant sur 300 kilomètres de la Ferté-Bernard à Fontenay-le-Comte.
« Quand je m’occupais des juniors au Rugby Club des Sables d’Olonne… dans notre poule il y avait Brest. Quand on avait déjà fait 120 kilomètres, qu’on sortait de Nantes et qu’on voyait « Brest 300km »… Il faut de la motivation ! »
La Discipline : Sentinelle des valeurs
Quelle est la réalité de la discipline en 2026 ? Pour Joël Gâté, c’est un équilibre délicat. « C’est donner la parole aux joueurs. Ils sont faits pour jouer, pas pour rester dans les tribunes. Mais il y a des règles, et il faut en supporter les conséquences. »
Cependant, son regard sur l’évolution sociétale est inquiet, notamment concernant la catégorie des 15-19 ans.

« Ils ont une façon de parler, une façon d’être en relation qui est très difficile. Il y a des insultes aux adversaires, c’est terrible. Ils utilisent des langages que moi, à 78 ans, je n’ai jamais supporté de personne… On n’est pas là pour se traiter de tous les noms, avec du racisme. »
Face à ces dérives (insultes sur le terrain et harcèlement sur les réseaux sociaux), la Ligue met en place une commission « Incivilité et Violence ». Pour Joël, la tolérance est nulle : « Quand un jeune de 19 ans « pourrit » son adversaire… pour moi, il n’y a pas de cadeau. »
Le rôle clé des éducateurs
Joël insiste sur l’effet miroir : les enfants sont des éponges.
« Quand les éducateurs au bord du terrain sont sans arrêt debout à brailler les mains au ciel, les jeunes ont l’impression que s’ils perdent, c’est à cause de l’homme du milieu [l’arbitre], pas à cause de l’adversaire ni de leur jeu… »
L’appel du large : L’autre passion
En 1977, Joël avait « un pied dans les crampons et l’autre dans une chaussure bateau ». Logé près de la base de mer des Sables-d’Olonne, il suit ses enfants vers la voile et se retrouve à gérer le club de dériveurs.
Pourquoi cette double vie ? Une question de calendrier.
« Si on ne va pas en phase finale au rugby, il n’y a rien après le 15 mars et jusqu’à septembre. Donc ça donne du temps. »
Il devient alors arbitre maritime et juge. De fil en aiguille, le virus prend : il officiera jusqu’à devenir Team Manager de l’équipe de France d’Optimist aux championnats du monde 1992 à Mar-del-Plata.
Le mot de la fin : Hymne au bénévolat
Pour celui qui mérite amplement sa médaille de la Jeunesse et des Sports, l’essentiel reste l’engagement humain.
« Il faut que les gens continuent à faire du bénévolat, ça permet de faire vivre la vie. Les gens ne voient pas tout ce travail dans l’ombre : ceux qui passent leur matinée à accrocher des maillots, à préparer des bouteilles d’eau, à couper des citrons. C’est eux qui font vivre le rugby. Les joueurs s’amusent, ils en profitent. Et une fois qu’ils en auront profité, il faut qu’ils continuent à faire profiter les plus jeunes. »