PORTRAIT – Fin de combat pour Saba Kartvelishvili (Stade Nantais) : quand le corps tire la sonnette d’alarme

À 36 ans, le pilier géorgien du Stade Nantais, passé par Lannemezan et Angoulême, raccroche les crampons. Une décision brutale mais vitale, imposée par un diagnostic médical sans appel après vingt-cinq ans de tranchées. Récit d'un départ forcé où la raison l'a emporté sur la passion.
Saba Kartvelishvili Photo : Thibault Albert
Saba Kartvelishvili Photo : Thibault Albert

PORTRAIT – Fin de combat pour Saba Kartvelishvili (Stade Nantais) : quand le corps tire la sonnette d’alarme

À 36 ans, le pilier géorgien du Stade Nantais, passé par Lannemezan et Angoulême, raccroche les crampons. Une décision brutale mais vitale, imposée par un diagnostic médical sans appel après vingt-cinq ans de tranchées. Récit d'un départ forcé où la raison l'a emporté sur la passion.

36 ans, Géorgien, et donc pilier, Saba Kartvelishvili a bourlingué sacrément de montagnes (Lannemezan, Chambéry) à l’océan (Stade Nantais) sans oublier la douceur angoumoisine. Mais  le corps a dit stop. Pas simple, mais assumé. 

Saba Kartvelishvili entre sur le terrain du stade NantaisPhoto : Thibault Albert

“J’ai commencé par Lannemezan, ensuite j’étais au Stade Nantais. Ouais. Suite à ma blessure, j’ai fait ma rééducation, j’ai repris le rugby au Stade Nantais, et après je suis parti à Chambéry, après Chambéry je suis parti à Angoulême, et de Angoulême je suis retourné à Nantes, et je suis resté pendant 10 ans à Nantes” détaille Saba dans un parfait français rugueux comme les joueurs géorgiens peuvent l’être.

Il a commencé le rugby à l’âge de 11 ans, en 2001, à Tbilissi, couvert et accompagné par un ami de mon père. Le solide  pilier en devenir avait alors pratiqué plusieurs sports, mais c’est le rugby qui l’a attiré. 

C’était une période qui était très spéciale pour la Géorgie, la fin d’un conflit meurtrier, 2001, 2002, 2003, mais il y a eu un grand bonheur, il y a eu cette qualification pour la coupe du monde en Australie contre la Russie à tbilissi devant plus de 60 000 supporters déchaînés et fiers, avec les Labadze, Zebghinidze, entraînés par le Bittérois Claude Saurel. “Une belle époque” se souvient le jeune Saba, “même si aujourd’hui, ça se débrouille bien, à l’époque, c’était mieux, j’ai l’impression. Il y avait un souffle, il s’était passé quelque chose.” 

25 ans plus tard, il est temps, déjà, de dresser le bilan d’une carrière d’homme fort lâché par ses cervicales. “Le rugby m’a appris beaucoup de choses dans ma vie. Les valeurs de l’amitié, les valeurs de la solidarité, de se serrer le coude avec les potes, quoi qu’il arrive. Il m’a aidé à grandir. Il m’a fait découvrir pas mal de trucs, des nationalités différentes, ça m’a enrichi, et ça m’a beaucoup aidé à me développer personnellement. C’est un sport aussi qui fait mal, on le sait très bien, surtout en première ligne, que c’est compliqué parfois, souvent douloureux.” 

Comme cette blessure le 12 octobre dernier: “Ça a flashé tête contre tête, ça a flashé, qui m’a laissé des séquelles même d’aujourd’hui. Commotion. C’est-à-dire que j’ai mal à la tête, je n’arrive pas à supporter le bruit, la lumière, ça me dérange, et surtout, tout ce qui est plus inquiétant pour moi, c’est la perte de mémoire.”

La suite, c’est un IRM du cerveau, puis des cervicales et le verdict du neurologue qui tombe: le médecin a dit qu’il y avait de forts risques de terminer paraplégique ou tétraplégique si Saba continuait… “J’ai passé trois mois très, très durs, même dans le noir on peut dire, quand j’ai appris que je devais arrêter, surtout après 25 ans de carrière, je ne voulais pas arrêter comme ça, je voulais arrêter différemment. Mais bon, ce n’est pas moi qui l’ai fait ce choix, c’est la santé. C’est comme ça que j’ai essayé de raisonner.”

La suite, c’est le rugby dans l’encadrement? Un autre projet? “Je vais rester à Nantes, parce que j’aime bien ici, mais dans le rugby, non, j’ai été un peu dégoûté au début, je voulais même plus voir le terrain, rien du tout. Je voulais tourner la page complètement.

Pour la reconversion, je disais “on verra plus tard” et il y a eu la blessure. Finalement, je n’avais rien préparé. Mais il y a l’entourage et les amis. Et la solution: “J’ai un ami qui travaille dans une concession automobile, il m’a embauché, du coup, j’ai toujours aimé les voitures, ça a collé, ça m’a permis d’apprendre une autre chose.” 

Merci à tibophoto.com.fr pour les photos

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